Les monnaies des États Africains Indépendants

À partir des années cinquante, à mesure que les Européens rendaient leur liberté aux pays colonisés au cours des deux siècles précédents, des États indépendants virent le jour en Afrique. Le papier-monnaie qu'ils ont émis donne un aperçu de ces événements.

La colonisation, qui avait vu les puissances d'Europe occidentale se partager une grande partie de l'Afrique à partir du huile siècle, prit fin vers le milieu du XXe siècle, lorsqu'une vague de nationalisme africain coïncida avec une instabilité politique et économique au sein des puissances colonisatrices. Et si cela aboutit à la création d'États africains indépendants, ce ne fut pas sans heurts. Pour un grand nombre de ces nouveaux États, l'indépendance ne pouvait exister sans une économie solide.

ÉPOQUES DE TRANSITION
Une monnaie stable est un élément crucial pour assurer une transition économique en douceur. Plusieurs États continuèrent néanmoins d'émettre des billets coloniaux. La Banque centrale d'Ouganda, par exemple - pays sous administration britannique de 1894 à 1962 -, n'émit ses premiers billets qu'en 1966, quatre ans après l'indépendance. Durant l'intérim, ce furent les billets de l'Agence monétaire de l'Est africain britannique qui circulèrent, comme ils le faisaient depuis les années vingt. Devenus, après la Seconde Guerre mondiale, des protectorats de la Ligue des nations administrés par la Belgique, le Burundi et le Rwanda connurent une situation comparable. Spécialement créée pour l'occasion, la Banque d'émission du Rwanda et du Burundi fut chargée d'émettre des billets pour ces deux territoires. Lorsque le Burundi accéda à l'indépendance, le 1er juillet 1962, ces billets continuèrent de circuler après avoir reçu en surimpression et en gros caractères le nom « Burundi » et de nouvelles dates. La nouvelle Banque du royaume du Burundi n'émit qu'en 1964. La même chose se produisit au Rwanda, où l'on avait porté en surimpression le nom de la Banque nationale du Rwanda ainsi que la signature du gouverneur.

UNION MONÉTAIRE
Les huit anciennes colonies de l'Afrique Occidentale française devinrent indépendantes en 1960. mais choisirent de conserver le système mis en place par les Français : une monnaie commune émise par la Banque de l'Afrique Occidentale. Après l'indépendance, la banque émettrice changea de nom pour devenir la Banque centrale des États d'Afrique de l'Ouest. Les billets émis pour chaque membre de cette union monétaire sont identiques, à l'exception d'une lettre qui identifie le pays à l'usage duquel ils ont été émis : A pour la Côte d'Ivoire, B pour le Bénin, C pour le Burkina Faso, D pour le Mali, E pour la Mauritanie, H pour le Niger, K pour le Sénégal et T pour le Togo.
Bientôt, pourtant, les banques émettrices des nouveaux États produisirent leur propre monnaie. Leur création donna aux jeunes nations l'occasion d'affirmer leur identité nationale, même si le graphisme ne rompit pas avec le style européen par le choix de ne pas utiliser des formes d'art indigènes. Cela pour deux raisons. D'abord, bien qu'ils aient été émis par des banques nationales africaines, les nouveaux billets ne pouvaient être imprimés que par de grandes entreprises européennes ou américaines équipées d'un matériel de haute technologie et disposant d'un personnel qualifié. Ensuite, il était important que le nouveau papier-monnaie maintînt une certaine continuité avec les billets du passé. Les nouvelles illustrations devaient réaliser le fragile équilibre entre innovation et caractère familier, et symboliser un nouveau départ allié à une tradition ancienne, ce qui aboutit à un manque de créativité dans la conception graphique du papier-monnaie. Les nouveaux billets sont illustrés souvent avec les mêmes thèmes.

THÈMES COMMUNS
Si l'on compare les premières émissions du Botswana et de l'Ouganda, par exemple, on remarque que ce sont souvent les mêmes sujets qui sont illustrés. Le billet de 2 pulas du Botswana, émis en 1976, montre des ouvriers agricoles au droit, celui de 5, du bétail et celui de 10, un bâtiment gouvernemental. Le billet de 10 shillings d'Ouganda de 1966 montre lui aussi des ouvriers agricoles au droit, celui de 20, des animaux et celui de 100, un bâtiment gouvernemental. Les résonances d'un pays à l'autre sont fréquentes. Le spécimen ougandais de 50 shillings (1973) montre un barrage hydroélectrique, de même que la coupure zaïroise de 5 zaïres (1971).
L'exploitation minière est illustree sur le billet zambien de 50 ngwee (1973) ainsi que sur celui de 20 pulas du Botswana. À mesure que les nouveaux États africains se sont établis, les motifs des billets ont changé. Le papier-monnaie que le Kenya a émis durant les années quatre-vingt célèbre les réalisations de ses deux grands leaders depuis l'accession à l'indépendance. La coupure de 50 shillings montre l'aéroport international de Jomo-Kenyatta et celle de 20 shillings, le complexe sportif international Daniel-Arap-Moi.

CHOIX D'UNE LANGUE
Mélange de neuf et d'ancien, la langue employée sur les billets est elle aussi révélatrice. Certains États indépendants retiennent la langue de l'ancienne puissance coloniale. Sous influence portugaise du milieu du XVe siècle jusqu'en 1974, la Guinée-Bissau conserve l'usage du portugais sur ses billets indépendants, tandis que l'anglais reste la seule langue utilisée sur le papier-monnaie de Zambie. D'autres pays sont revenus, au moins partiellement, aux langues précoloniales. Au Lesotho, par exemple, sous administration britannique de 1871 à 1966, le droit des billets est en anglais et le revers, en swahili. Le même phénomène a pu s'observer au Botswana (anglais et bantou), en Tunisie et en Algérie (français et arabe).

Mobutu,DÉNOMINATIONS
Le nom des devises est aussi sujet à des tensions entre conservatisme et nationalisme. Dans certains cas, le système des anciens colons est maintenu. Sous domination conjointe de la Grande-Bretagne et de l'Égypte de 1898 à 1956, le Soudan opta pour le système monétaire des livres et des piastres : un système adopté par l'Égypte depuis qu'elle avait été elle-même sous domination britannique (1882-1922). D'autres pays ont utilisé des dénominations de l'époque coloniale pour changer ensuite en faveur d'un système national. Une fois indépendant, le Congo conserva le nom de l'ancienne monnaie (le franc), mais, une fois que le général Mobutu eut pris le pouvoir, en 1968, la monnaie nationale changea de nom et devint le zaïre. Ce n'est qu'en 1971 que le pays lui-même fut rebaptisé Zaïre. D'autres États changèrent d'emblée le nom de leur monnaie. Le Lesotho, par exemple, s'affranchit du joug britannique en 1966 et adopta le maloti, divisé en 100 licente. En 1970, après une longue interruption des relations avec la Grande-Bretagne, la république de Rhodésie changea la dénomination de sa monnaie : la livre disparut au profit du dollar, divisé en 100 cents, et des billets de 1, de 3, de 5 et de 10 dollars furent émis. Le nom de cette monnaie était assez commun pour résister aux bouleversements politiques ultérieurs qui virent la Rhodésie changer de nom et d'identité pour devenir, en 1979, le Zimbabwe.

(c) Éditions Atlas -textes et illustrations (hors billets)



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