Les monnaies des Nouvelles Démocraties

Créées après l'effondrement de l'Union soviétique, les nouvelles démocraties représentent un grand bloc de jeunes nations instaurées en un temps record. La monnaie de ces nouveaux États est censée les aider à se forger une nouvelle identité.

La fin des années quatre-vingt et le début des années quatre-vingt-dix a été une période de grands bouleversements politiques en Europe de l'Est, tandis que l'URSS était démantelée. Pour la Pologne, la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie, cela voulait dire remplacer le régime communiste par un système démocratique. La Tchécoslovaquie s'est scindée en deux États, la République tchèque et la Slovaquie, la Yougoslavie s'est morcelée en cinq nations et l'Allemagne réunifiée a adopté la monnaie de l'ex-Allemagne de l'Ouest.

SECOND DÉPART
Tous ces nouveaux gouvernements recherchaient la stabilité économique, donc une monnaie fiable et solide. Les situations politiques diverses ont donné le jour à des difficultés résolues de manières différentes. Les plus graves problèmes attendaient les États qui n'avaient pas connu, même pendant une brève période, de système monétaire indépendant. Certains, tels l'Ukraine et l'Ouzbékistan, facilitèrent la transition vers une nouvelle monnaie grâce à des coupons de contrôle. D'autres furent obligés de conserver les anciens billets soviétiques. En Transnistrie, les coupures allant de 5 à 5 000 roubles furent estampillées en 1994 d'une marque confirmant leur valeur. Ces billets de la Transnistrie indépendante avaient été imprimés en Russie en 1991 et, par conséquent, ils étaient encore à l'effigie de Lénine, deux ans après que son portrait eut été retiré de la monnaie russe. Mais il ne fallut pas longtemps pour que le nouvel État émette ses propres billets, montrant le portrait du héros national, A. Souvorov, au droit et le parlement de Tiraspol, la capitale, au revers.

NOMS DE DEVISES
Toutefois, la Transnistrie conserva le nom de la monnaie russe, le rouble, le même que la Biélorussie, dont l'unité monétaire principale est le rubel (divisé en 100 kapeeks). En Lettonie, le nom de rubli, valant 1 rouble russe, fut choisi en 1992. En 1993, il fut remplacé par le lats (valant 200 rublis), subdivisé en 100 santims. Le lats et le santims n'étaient pas des noms nouveaux. C'étaient ceux de la monnaie lettonne avant que le pays n'ait été absorbé par l'URSS au cours de la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, ce choix représentait un retour à la situation d'avant l'invasion soviétique, qui n'avait jamais été acceptée par le peuple letton et jamais reconnue par la communauté internationale. Ce retour à des normes d'avant-guerre n'était pas limité aux dénominations. Les nouvelles pièces ressemblaient aux émissions des années trente, avec les armes de Lettonie au droit et la valeur au revers.

LES AFFAIRES CONTINUENT
Ce qui se passa dans les deux autres républiques de la Baltique - la Lituanie et l'Estonie - ne fut pas très différent. Ces deux pays renouèrent avec le système monétaire d'avant-guerre: en Estonie, le kroon, divisé en 100 senti, et, en Lituanie, le litas, divisé en 100 centas, furent adoptés. Les types monétaires d'avant guerre furent, eux aussi. repris - un chevalier sur son cheval en Lituanie, trois lions superposés en Estonie.
La Pologne, la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie avaient déjà eu des systèmes monétaires dont l'origine remontait au XIXe siècle. En Pologne, il s'agissait du zloty, valant 100 groszy; en Hongrie, le forint, valant 100 fillér; en Bulgarie, le lev, valant 100 stotinki: et en Roumanie, le leu, valant 100 bani. Il n'était pas nécessaire de changer ces systèmes. Parfois, là aussi, les types monétaires furent conservés. Les pièces hongroises actuelles de 2, de 5, de 10, de 20 et de 50 fillér sont identiques aux émissions anciennes, et les zlotys et groszy de la république de Pologne sont copiés sur ceux émis dans les années quarante. Par contraste, les types monétaires au droit des stotinki bulgares ont été changés après la proclamation de la république, en 1992. Aux emblèmes communistes s'est substituée une figure de lion. L'institution de la république a conduit à une stabilisation des types monétaires bulgares. Sous le régime communiste. les pièces de 1 et de 2 leva étaient modifiées au rythme des commémorations, mais il a été mis un terme à cette pratique. En Roumanie, ce sont plus les pressions économiques - l'inflation - que des raisons politiques qui ont modelé le nouveau monnayage. Au temps des communistes, il n'existait pas de pièces d'une valeur supérieure à 5 lei, mais, dès 1991, la nouvelle république a dû émettre une pièce de 100 lei.

ÈRE NOUVELLE
Pour la plupart de ces nouveaux États, pouvoir imprimer son propre papier monnaie représentait un nouveau départ. Le choix des images monétaires devant traduire leur identité nationale sur les billets en dit long sur le caractère de chacune de ces nations.

RECRÉER UN PASSÉ
Pour le nouvel État de Moldavie, qui n'avait aucune tradition en matière d'émission monétaire, le besoin de fabriquer des billets offrait une possibilité d'exprimer l'identité nationale après la proclamation de l'indépendance, en 1991. Les images choisies datent d'un autre temps. Chaque valeur des premières émissions de coupons, en 1992, montre un château au bord de l'eau. Cette représentation fut complétée, sur la première émission de billets libellés en leu, par le portrait d'un roi du Moyen Âge, Étienne le Grand. Sur les émissions de leu postérieures à celles-ci et toujours en circulation, Étienne le Grand est accompagné d'une série d'images d'édifices médiévaux : les monastères de Capriana, de Hir janca et de Herbovet (1 leu, 10 et 50 lei), la basilique de Saint-Dumitru Din Orhei (5 lei) et une autre vue du château (201ei). La réhabilitation du christianisme était probablement la préoccupation principale du concepteur.

FIERTÉ NATIONALE
D'autres États ont saisi cette opportunité pour mettre à l'honneur héros et monuments nationaux sur leur papier monnaie, pratique légitime mais interdite par les communistes. La république de Lituanie prit un grand plaisir à choisir des images pour agrémenter ses nouveaux billets depuis 1993. Chaque valeur montre au revers un Lituanien célèbre, alors que le droit représente des monuments lituaniens, dont le musée de Kaunas et la cathédrale ainsi que l'université de Vilnius. Mais toutes ces nations n'ont pas profité de l'émission de nouveaux billets pour exprimer une nouvelle identité démocratique. Si un grand nombre d'États ex-communistes ont changé leur papier-monnaie, tous ne l'ont pas fait de manière si radicale. En Russie, par exemple, le portrait de Lénine fut retiré du rouble en 1992, mais les émissions postérieures conservèrent les paysages qui ornaient les émissions soviétiques antérieures.

PRUDENCE NATIONALE
Même dans les nouveaux États, qui ne pouvaient se référer à une tradition, la prudence a souvent été de rigueur. La Lituanie, qui possède aujourd'hui un papier-monnaie national très élaboré, a émis, juste après la proclamation de son indépendance, une série de billets aux thèmes neutres. Ces billets représentaient la flore - canneberge, genièvre, chêne, noyer, pin et pissenlit - et la faune - lézard, faucon, martre, orignal, bison, ours et loup - locales. Dès 1992, la république de Biélorussie suivit une voie comparable. Il arrive que, dans une époque d'instabilité politique et économique, les images les plus sûres soient encore celles de la nature.

(c) Éditions Atlas (hors billets)



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