Billets et guerres civiles



Aux XIXème et XXème siècles, les guerres civiles étaient financées grâce à l'émission de billets rarement garantis par des réserves d'or. Chaque camp imprimait son propre papier-monnaie, qui, dans la plupart des cas, faisait l'éloge de ses objectifs politiques.

Alors que, en temps de paix, les billets de banque représentent l'État et sont les symboles de la conscience et de l'unité nationales, dans l'histoire moderne, chaque guerre et chaque révolution ont des répercussions sur le papier-monnaie.

NOUVEAUX BILLETS POUR FINANCER LA GUERRE
Quand une guerre civile éclate et que l'État est remis en question, chacune des parties belligérantes commence à émettre ses propres billets. À l'issue du conflit, le gouvernement et la monnaie peuvent avoir changé, et les billets refléter cet état de fait. Mais, au cours d'une guerre civile, ce sont souvent des raisons économiques qui poussent à émettre de nouveaux billets : l'argent  fraîchement imprimé permet alors de financer les opérations militaires. Au moment où éclata la guerre civile américaine, ou guerre de Sécession, qui dura de 1861 à 1865, il n'existait encore aucune Banque centrale capable d'approvisionner le pays en moyens de paiement. Lorsque furent engagées les hostilités, durant l'été 1861, les tensions entre le Nord, riche et industrialisé, et les États du Sud, plus pauvres, vivant de l'agriculture et pratiquant l'esclavage, duraient déjà depuis longtemps.
Le coût de la guerre fut énorme pour le Nord, il s'éleva à plus de 4 milliards de dollars et, pour le Sud, à mille fois plus. Ce fut surtout le Sud qui recourut à l'émission de papier-monnaie pour financer la guerre. Ainsi, à la fin de la guerre civile, la Confédération des onze États sudistes était non seulement vaincue militairement mais aussi complètement épuisée et appauvrie économiquement.
Les billets qui furent émis par les deux camps durant cette période revêtent aujourd'hui un grand intérêt historique. Ils illustrent la manière dont les forces en présence luttèrent pour conquérir la prépondérance nationale. Si certains billets n'étaient que des imitations de ceux d'avant-guerre, d'autres servaient de support à la propagande. Les billets des Confédérés montrent, par exemple, des esclaves noirs travaillant dans les champs de coton ou la Liberté brandissant le drapeau des États sudistes. Comme les Sudistes firent abondamment usage de la planche à billets, de nombreux exemplaires ont été conservés.
Les coupures imprimées par les Fédéraux du Nord victorieux n'étaient pas aussi variées que celles du Sud. En 1861, le Congrès ordonna l'impression, pour une valeur de 60 millions de dollars, de billets qui pourraient être échangés à la demande contre des pièces d'or ou d'argent. Le droit était imprimé en vert, d'où le surnom de greenback (« dos vert ») du dollar américain.
Mais pour les Nordistes de l'Union également, la guerre civile se révéla très coûteuse, et le Congrès fut bientôt contraint de revenir sur sa promesse d'échanger, à la demande, chaque billet contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Le nom de billet vert a néanmoins perduré jusqu'à nos jours.

GUERRES ET RÉVOLUTIONS AU MEXIQUE
Tout au long du XIXème siècle, le Mexique a été marqué par une série de guerres civiles et de révolutions qui ne prit fin qu'en 1917, lorsque le pays se dota d'une constitution progressiste.
Certes, dès la fin du XIXème siècle, une chaîne de banques fédérales avait été créée au Mexique, mais les turbulences continuelles avaient provoqué l'effondrement du système bancaire. Les chefs d'État qui se succédaient au pouvoir exploitaient les réserves d'or du pays à des fins personnelles et émettaient une abondance de billets non garantis. La situation devint encore plus chaotique entre 1910 et 1917, quand plus de cent groupes révolutionnaires et administrations militaires régionales se mirent à imprimer leurs propres billets. Parmi les plus intéressants de cette époque figurent ceux que le révolutionnaire Pancho Villa utilisa à partir de 1913 pour payer ses troupes.

RÉVOLUTION D'OCTOBRE EN RUSSIE
En Russie, pendant la révolution d'Octobre, en 1917, et la guerre civile qui s'ensuivit et dura jusqu'en 1921, le système monétaire centralisé fut totalement détruit. Les groupes rivaux émirent d'innombrables sortes de billets. Au début de la guerre, en 1918, entre les Rouges, les bolcheviks, et les Blancs, qui défendaient la Russie tsariste, le gouvernement bolchevique émit encore les anciens billets tsaristes. Bientôt, cependant, les billets furent adaptés au nouveau système politique : l'aigle tsariste à deux têtes fut dépouillé de ses symboles impériaux – la couronne et le bouclier. Ces billets montraient le nouvel emblème national – le marteau et la faucille –, accompagné du slogan du Parti, « Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! ». Pour être compris de tous, il était imprimé en sept langues.
Certaines régions du pays émettaient leurs propres billets, comme la Géorgie et l'Arménie, qui s'étaient proclamées indépendantes. Mais des unités militaires imprimaient aussi leur propre papier-monnaie. Ainsi, sur les billets des Russes blancs, partisans de l'ancien régime, figuraient le portrait de Pierre le Grand ou d'un général cosaque.
Avec la victoire des bolcheviks et la création, en 1922, de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), le calme se rétablit progressivement dans le pays. Si certaines régions, à l'instar des républiques de Transcaucasie, gardaient l'autorité sur l'émission de la monnaie, les billets émis par l'autorité centrale avaient cours dans toute l'Union.

NOUVEAUX BILLETS POUR L'INDÉPENDANCE
Au cours du XXème siècle, les billets ont acquis une importance politique croissante. Comme un drapeau national, ils symbolisent l'indépendance et l'unité d'une nation.
C'est pourquoi, sitôt libérés du joug colonial, les Etats africains remplacèrent les billets coloniaux par de nouveaux billets.
Lors de l'éclatement de l'URSS, on put observer le même phénomène. À peine les nouvelles républiques avaient-elles proclamé leur indépendance qu'elles introduisirent une nouvelle monnaie, tout au moins de nouveaux billets.
Dans la nouvelle fédération russe, les billets de la Banque de Russie sont encore illustrés - comme ceux de l'époque soviétique -, du Kremlin, mais, à cela près, leur composition est entièrement nouvelle. L'Ouzbékistan est même allée plus loin en instaurant une toute nouvelle monnaie (le sum), et les billets reflètent la tradition islamique du pays.
En fait, les billets créés au cours d'une guerre civile ne constituent pas toujours une nette rupture avec le passé. Plus d'un nouveau régime qui accède au pouvoir conserve les anciens motifs des billets, espérant ainsi maintenir la confiance de la population dans sa monnaie - même si cela n'est absolument pas fondé.

(c) Éditions Atlas






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