Les Billets des États communistes



Si, depuis l'effondrement de l'URSS, toutes les nations européennes ont plus ou moins renoncé à l'idéologie marxiste, on trouve encore des États communistes sur d'autres continents.

Le communisme du XXe siècle fut fondé sur l'œuvre du philosophe et économiste allemand Karl Marx et sur la politique du chef révolutionnaire russe Lénine. La philosophie de Marx était le produit de la pensée socialiste du XIXe siècle. Marx considérait l'industrialisation comme un processus déshumanisant, aliénant pour la masse des ouvriers, dont l'objectif principal devait être d'augmenter sans cesse les plus-values pour le profit d'une élite fortunée. Il voulait provoquer une transformation sociale en faisant naître ce qu'il appelait la « conscience de classe» et pensait qu'il suffisait que les ouvriers comprennent combien ils étaient exploités et quelle était leur force potentielle (en raison de leur nombre) pour que sonne le glas du capitalisme.
La solution alternative, qualifiée de «communisme» par Marx et Engels dans le Manifeste du parti communiste – qu'ils publièrent ensemble en 1848 –, acquit une grande popularité parmi les penseurs de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Mais c'est la révolution russe de 1917 qui permit de mettre en pratique la théorie communiste.

LE COMMUNISME EN RUSSIE

Dès la révolution de février contre le tsar, Lénine s'était imposé en adaptant la théorie marxiste aux besoins du XXe siècle. C'est lui qui dirigea ensuite l'insurrection des forces révolutionnaires en octobre contre le gouvernement provisoire. Il commença par abolir tous les partis politiques, à l'exception du Parti communiste. Au même moment, il mit sur pied une organisation communiste internationale, le Komintern. Les partis communistes du monde entier étaient invités à le rejoindre et à accepter (ce qu'ils firent) un ensemble de conditions imposées par Lénine au sujet des objectifs politiques et économiques du mouvement.
En 1923, un an avant la mort de Lénine, la Russie connut de graves difficultés économiques, car le gouvernement cherchait à regrouper les ouviers et les paysans dans des entreprises et des exploitations agricoles collectives gigantesques. Quand Lénine mourut, le relais fut assuré par le dictateur Joseph Staline, responsable de l'industrialisation et de la collectivisation à marche forcée. Cela eut pour effet de permettre à l'URSS de résister aux assauts de l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale et d'occuper la plus grande partie de l'Europe de l'Est à l'issue de ce conflit.

PREMIERS BILLETS COMMUNISTES

Les troupes soviétiques envahirent ainsi la Pologne, la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la Roumanie, la Bulgarie et l'Allemagne de l'Est, où des gouvernements communistes furent instaurés.
Le premier papier-monnaie de la Russie communiste fut d'une grande sobriété. Le type était réduit au minimum, puisque seuls la dénomination de valeur et le nom de l'autorité émettrice étaient jugés indispensables. À la mort de Lénine, les illustrations devinrent un peu plus audacieuses. L'image d'un ouvrier idéalisé fit son apparition sur les billets officiels émis à partir de 1924.
Sur les billets de 1, de 3 et de 5 roubles émis en 1938 furent représentés respectivement un mineur, un soldat et un pilote. Mais il fallut attendre les années soixante pour que les concepteurs osent des scènes pittoresques, comme une vue du Kremlin et de la tour Spasskaïa, par exemple, sur les coupures de 3 et de 5 roubles de 1961. La caractéristique la plus remarquable des billets russes émis à compter de 1937 était le portrait de Lénine reproduit sur certains d'entre eux puis sur toutes les émissions de 10, de 25, de 50 et de 100 roubles de 1961 jusqu'à l'effondrement de l'État communiste en 1989... qui coïncida, après 1991, avec la disparition de Lénine sur la monnaie russe.


HÉROS RÉVOLUTIONNAIRES

La Russie n'était pas seule à se livrer à ce culte de la personnalité. Des héros majeurs figurent dans la typologie monétaire d'un certain nombre de pays communistes. Des billets de 50 et de 100 marks émis en 1964 par la RDA représentent les deux pères fondateurs du communisme, les allemands Marx et Engels. A Cuba, Che Guevara paraît sur les deux faces de la coupure de 3 pesos émise à partir de 1983, tandis que, au Viêt Nam, Hô Chi Minh – qui libéra le pays de la domination française – figurait sur des billets vietnamiens de 1945 jusqu'à nos jours.

LES VRAIS HÉROS

Une telle idolâtrie peut sembler contraire à l'esprit égalitaire du communisme, et de nombreux États ont choisi de faire figurer sur leur papier-monnaie les véritables héros du système communiste, à savoir les ouvriers ou les paysans, dignes représentants de l'industrie nationalisée et de l'agriculture collectivisée.
Les catégories d'ouvriers choisis diffèrent d'un pays à l'autre, selon le secteur qui y domine. Depuis 1945, par exemple, les billets de ce pays essentiellement rural qu'est l'Albanie ont représenté un couple de paysans avec une gerbe de blé sur la coupure de 1 lek, et une femme portant un panier de raisins ou une gerbe de blé, ou filant le coton, sur les billets de 3, de 10 et de 25 lek émis en 1964. L'industrie n'est pas totalement absente : les exemplaires de 5 et de 100 lek montrent un train de marchandises et un barrage. Forte d'une longue tradition de chantiers navals et de commerce, la Pologne a représenté sur ses billets une femme tenant une ancre et une rame, et des bateaux en train d'être chargés aux docks (la coupure de 500 zlotys de 1947), un marin (le billet de 50 zlotys de 1948), l'agriculture et certains secteurs de l'industrie étant aussi évoqués sur des coupures de la série : 5, 10 et 100 zlotys (le labourage, le dressage des meules de foin et une scène d'usine).

INDUSTRIE EN DÉVELOPPEMENT

Sur les billets les plus récents de l'État communiste du Viêt Nam, on peut constater de manière particulièrement évidente comment la simple représentation d'un ouvrier se transforme en celle d'une modernité industrielle complexe. Les paysans qui brandissaient leurs outils sur les billets des années quarante et cinquante ont cédé la place à des scènes d'exploitation minière à ciel ouvert, des installations industrielles et des plates-formes pétrolières off-shore (sur les coupures de 1000, de 2 000 et de 5 000 dongs de 1987). 
Les billets de la Corée du Nord, sur lesquels peuvent figurer dans la même série (1978) un lac (10 wons) et une usine dont les cheminées crachent une fumée noire (50 wons), résument parfaitement le désastre écologique provoqué par l'industrialisation pratiquée dans de nombreux pays communistes.

GLOIRES PASSÉES

Mais ce n'est pas parce qu'ils célébraient en priorité les gloires du nouveau mode de vie communiste que les gouvernements et les concepteurs de billets étaient insensibles aux charmes et aux conquêtes de l'ancien temps. Dans les États satellites de l'ex-URSS, notamment, les figures historiques étaient souvent jugées dignes de commémoration. En 1983, par exemple, la Hongrie rendit honneur au célèbre compositeur hongrois Béla Bartôk sur le billet de 100 forints. De même, pendant les années soixante-dix, la Banque nationale de Pologne choisit de faire figurer l'astronome Copernic, le compositeur Chopin et la scientifique Marie Curie sur son papier-monnaie.

(c) Éditions Atlas [Billets issus de la collection MonnaiesDuMonde]





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