L'image de la femme sur les billets de banque



Les représentations féminines ornent les pièces de monnaie depuis toujours, une tradition qui s'est perpétuée après l'introduction du papier-monnaie et les billets de banque. Ces illustrations possèdent un contenu symbolique différent selon les époques et les cultures.

C'est peu après sa fondation, en 1684, que la Banque d'Angleterre imprima ses premiers billets. Ils montraient, entre autres, les armes de la banque : une femme, Britannia, à l'air protecteur, assise à côté d'une pile de pièces de monnaie. L'ensemble symbolisait la Grande-Bretagne, sa prospérité, sa culture et sa puissance économique. Avec cette représentation, la Banque d'Angleterre inaugura une tradition toujours vivace : la représentation de femmes sur le papier-monnaie.
Des cueilleuses de coton aux reines, en passant par les nymphes, Néfertiti ou Clara Schumann, les motifs féminins ont été déclinés dans un nombre impressionnant de variations. Les allégories du type de Britannia ont été particulièrement appréciées. Elles incarnaient une idée, souvent celle du pays concerné. Un autre exemple est la Marianne française. Symbole de liberté, de justice et de victoire, elle apparut pour la première fois sur les assignats de la Révolution. Dans certaines parties de l'Europe, le papier-monnaie fut introduit vers la fin du XVIIe siècle, mais ce n'est qu'au milieu du XVIIIe siècle qu'il fut vraiment d'un usage courant. À cette époque, la plupart des billets de banque n'étaient illustrés que très sommairement : les motifs de Britannia et de Marianne furent donc un peu en avance sur leur temps.
Au cours du XIXe siècle, les nombreuses banques créées émirent leurs propres billets, après avoir compris, surtout en Grande-Bretagne et aux États-Unis, que des billets d'un aspect attrayant pouvaient être une publicité intéressante. C'est ainsi que l'on émit de plus en plus de gravures illustrées d'allégories féminines : la Justice avec sa balance, l'Agriculture et ses épis de blé ou l'Abondance avec sa corne remplie de fruits et de fleurs, symboles de la prospérité.
Les personnifications de nations furent aussi très appréciées : l'Irlande fut illustrée sous les traits d'Hibernia avec sa harpe, accompagnée d'un setter irlandais, l'Écosse fut représentée sous la forme de Scotia, coiffée d'un bonnet à plume et vêtue de tissu écossais.

NYMPHES ET TRAVAILLEUSES
De nombreuses représentations féminines du XIXe siècle étaient essentiellement décoratives - elles correspondaient à l'esprit du temps quant au rôle de la femme. C'est ainsi, par exemple, que l'on voyait des nymphes, gracieusement vêtues, porter les chiffres illustrant la valeur nominale du billet, ou bien des jeunes filles, sagement assises au milieu de navires, de moutons ou de balles de céréales figurant l'agriculture ou le commerce. D'autres femmes sont représentées dans des occupations «féminines», telles que la récolte, le tissage, ou dans leur rôle de mère. Au XXe siècle, le message et le style changent. Les allégories féminines ne jouent plus un rôle prépondérant. Il est vrai que les billets anglais sont toujours illustrés de l'image de Britannia, mais celle-ci n'est plus qu'un détail au milieu de portraits héliogravés et de motifs complexes. Un billet équatorien, en circulation durant les années quarante à soixante, montre une allégorie dotée d'attributs classiques-globe terrestre et rouleau d'écriture -, mais, à l'arrière-plan, figurent des réalisations modernes, telles que stylo à bille, téléphone et gratte-ciel.
Les allégories, produits de l'imagination, ont fait place à des thèmes plus réalistes, qui gardent toutefois un aspect symbolique. Les femmes dans les rizières vietnamiennes, moulant du maïs au Zimbabwe ou encore conduisant des tracteurs en Chine, représentent les secteurs économiques importants de leurs pays respectifs. Ces illustrations ne sont cependant pas un reflet de la réalité : les travailleuses sont coquettement habillées, soigneusement coiffées et affichent généralement un sourire enjoué.
Les femmes sont rarement représentées dans leur environnement domestique ou familier. La vie privée n'est pas un motif prisé dès lors qu'il s'agit d'exprimer des intérêts nationaux ou l'autorité d'un État. Dans les rares cas où l'on retrouve des scènes domestiques, celles-ci sont liées à des symboles patriotiques. Ainsi, par exemple, sur le billet brésilien émis en 1989 pour commémorer le centenaire de la République, on voit une mère et sa fille à côté du drapeau national. Les illustrations représentant la femme au cœur du cercle familial sont également d'inspiration patriotique.
Les femmes sont aussi symboles de l'héritage culturel d'un pays. Dans les pays non occidentaux, par exemple, elles sont souvent en costume folklorique. Les Estoniennes portent des vêtements richement brodés, les Africaines de l'Ouest des coiffures et des boubous ornés de bijoux artistiquement travaillés et colorés.

UNE GALERIE DE FEMMES IMPORTANTES
Ces représentations ne sont pas le fruit du hasard, car, dans ces pays gagnés par une occidentalisation croissante, les femmes, attachées aux coutumes, sont les gardiennes de la tradition. Les illustrations les plus intéressantes sur papier monnaie sont les portraits de personnages significatifs de l'Histoire ancienne et contemporaine. Il y a plus de cent ans, on choisissait déjà des portraits comme motif, tel celui de la reine anglaise Victoria, par exemple. Mais ce phénomène s'est surtout développé dans la seconde partie du XXe siècle. Depuis que l'égalité des sexes est devenu un thème international, de plus en plus de pays illustrent leurs billets de banque de portraits féminins.
Au cours de l'Histoire, nombreuses ont été les femmes à acquérir une position politique de premier plan, depuis Néfertiti, reine égyptienne du XIVe siècle avant J.-C., jusqu'à Golda Meir, Premier ministre israélien de 1969 à 1974. Ces femmes figurent sur les pièces et les billets de leur pays en vertu de leurs fonctions politiques.

ARTISTES ET SCIENTIFIQUES
 D'autres femmes ont été choisies pour la maîtrise de leur art : des écrivains, des musiciennes ou des peintres. Les billets allemands sont un bon exemple de ces illustrations de femmes artistes : le billet de 5 marks est à l'effigie de l'écrivain Bettina von Armin (1785-1859), celui de 20 marks montre la poétesse Annette von Droste-Hül shoff (1797-1848), le billet de 100 marks est illustré du portrait de la pianiste et compositrice Clara Schumann (1819-1896) et celui de 500 marks de Maria Sybilla Merian (1647-1717), illustratrice. Cette dernière, également naturaliste renommée, fait partie, avec Marie Curie, des rares femmes scientifiques représentées sur les billets de banque. Certaines femmes ont été honorées pour leurs activités caritatives. Florence Nightingale, symbole par excellence de l'infirmière dévouée, a illustré pendant vingt ans le billet anglais de 10 livres. Maria Montessori, pédagogue, figure sur les billets italiens.
Les billets français présentent les femmes sous des jours très divers et parfois extrêmement anecdotiques. Ainsi, en 1941, le billet de 10 francs portait au droit un mineur et, au revers, une paysanne coiffée d'un foulard tenant à la main un sarcloir et, dans les bras, un enfant. Cette scène, encadrée d'une guirlande de fruits, a pour toile de fond un labour. L'année suivante, le billet de 20 francs présentait à son revers deux Bretonnes en coiffes de Quimper et de Pont-l'Abbé, portant des paniers de légumes et de fruits régionaux et une fillette dans les bras, avec, à droite, un calvaire. Durant la même période, le billet de 50 francs portait, au revers, une paysanne berrichonne filant une quenouille au milieu de vaches !
La figure féminine varie selon l'inconscient collectif de l'époque. Ainsi, les billets de la Belle Époque portent nombre de femmes à demi nues, vêtues à l'antique, alors que les billets de la Seconde Guerre mondiale offrent un aspect de la femme stricte et champêtre, comme celui de 500 francs émis en 1939, qui présente un couple de profil partant aux champs. Mais la jeune femme blonde serait plus proche de Michèle Morgan que d'une figure paysanne classique.
Si les femmes ont été absentes des billets français ces dernières années, grâce à Marie Curie, elles sont réapparues sur les récents billets de 200 francs.

(c) Éditions Atlas

 






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