La magie de l'argent

Symboles de richesse et de prospérité, les pièces et les billets de banque sont également considérés, dans certaines cultures, comme un talisman aux vertus curatives et protectrices qui faciliterait la transmigration des âmes et apaiserait les divinités.

Le papier-monnaie et les espèces métalliques ne sont pas que de simples instruments de paiement. Comme l'on identifie souvent la prospérité à la chance, ils symbolisent la fortune. En outre, on leur attribue des effets magiques.
Si l'on en croit certaines croyances populaires et certaines superstitions, l'argent posséderait de multiples vertus secrètes. Depuis l'Antiquité, on a attribué aux pièces de monnaie le pouvoir de guérir les maladies, d'écarter le malheur, d'éloigner la mort au champ de bataille ou d'attirer le véritable amour.

 

L'ARGENT APPORTE LE BONHEUR ET SOIGNE LES MALADES
Certaines pièces étaient même considérées comme porte-bonheur simplement parce quelles avaient appartenu à une personne particulière. Au Moyen Âge, la croyance dans la puissance curative des espèces métalliques était très répandue. Il suffisait qu'un empereur ou un roi ait touché une pièce et qu'il l'ait donnée à un malade pour que ce dernier soit considéré comme pratiquement guéri. La croyance populaire prétend que des inscriptions ou des thèmes particuliers renforcent le pouvoir bénéfique des monnaies. En 1465, en Angleterre, sous le règne d'Édouard IV, fut émise une pièce qu'on appelait «l'ange». Saint Michel y est représenté triomphant du diable.

 

L'ARGENT PROTÈGE DES MALADIES
Au revers, un bateau et un bouclier. Elle porte la légende : «Ô Christ, sauve-nous par Ta croix». Ce numéraire avait la réputation de porter bonheur. Les monnaies sont censées protéger les hommes de toutes sortes de maux. Au Moyen Âge, on fabriquait, en Allemagne, des médailles en argent frappées de motifs religieux qui devaient sauver les pestiférés. Lors de la guerre de succession du Palatinat (1688-1697), un officier allemand eut la chance de voir la pièce de monnaie qu'il portait sur lui comme talisman arrêter une balle. Une représentation de saint Georges y était gravée. Des années durant, des soldats essayèrent de se protéger du sort grâce à des médailles de ce genre.

 

MONNAIES PORTE-BONHEUR ORIENTALES
Mais il n'y a pas qu'en Europe que les espèces métalliques ont été considérées comme des porte-bonheur. En Inde, on attribue encore aujourd'hui ce genre de pouvoir à deux pièces de monnaie au moins : la roupie Akbar, sur laquelle est inscrite la profession de foi islamique, et la ramatankah, qui porte l'effigie du dieu hindou Rama et celle de Sita, son épouse, ainsi que l'image d'Hanuman, le dieu des singes. En Chine, la tradition des pièces porte-bonheur remonte au IIe siècle avant notre ère. La plupart des motifs représentés sont très anciens et symbolisent le vœu de longue vie, de prospérité et de protection contre les esprits maléfiques. D'autres pays asiatiques, tels que le Japon, la Corée et l'Indonésie, ont vu également émerger - à des époques ultérieures - des pièces porte-bonheur. Quelquefois, plusieurs pièces de monnaie étaient attachées ensemble avec un cordon rouge pour former des «épées». On suspendait ces «épées» monétaires au-dessus du lit des malades afin d'éloigner les mauvais esprits.

 

SUPERSTITIONS AUTOUR DE L'ARGENT
De nombreuses représentations où l'argent est associé à la chance ou à la malchance évoquent avec la façon dont on doit se servir de l'argent. En Irlande, par exemple, quiconque dépense son argent un lundi sera poursuivi par la malchance. Dans certaines contrées de Grande-Bretagne, il ne faut pas ramasser l'argent par terre mais demander à une autre personne de le faire. Si la plupart des gens se réjouissent de trouver de l'argent de manière fortuite, c'est au contraire, dans certains pays, un signe de mauvais augure. Seule solution pour se tirer de ce mauvais pas : donner l'argent à quelqu'un d'autre.

 

L'ARGENT, UN DON FAIT AUX DIEUX
Il arrive fréquemment que la composante magique de l'argent soit associée à des convictions religieuses. Depuis que la monnaie existe, les hommes en font don aux divinités. L'idée selon laquelle on peut acquérir la protection et l'assistance des dieux grâce à un don d'argent est également très ancienne et largement répandue. Jusqu'au siècle dernier, des pêcheurs attachaient des pièces de monnaie à leurs filets - offrande votive qu'ils faisaient à Neptune, le dieu des océans, afin qu'il remplît leurs filets. Depuis l'Antiquité, en construisant leur bateau, des marins placent des pièces de monnaie sous le mât afin d'être assurés de la protection des dieux.

 

RITES RELIGIEUX ET CÉRÉMONIES AVEC DE L'ARGENT
Pour les adeptes de la secte japonaise Zeniarai, laver et brûler des billets de banque constitue une étape importante d'un rite religieux. Ils tentent, par ce moyen, de convaincre les dieux de leur apporter la prospérité. Dans le sud de l'Inde, des fidèles achètent des pièces destinées spécialement à faire une oblation aux divinités du temple. Ces croyants jettent les pièces sur les idoles. Un prêtre les ramasse ensuite et les revend à d'autres fidèles.
Autrefois, au Nigeria, de petits coquillages, les cauris, ainsi que des anneaux de métal, les manilles, servaient d'instruments d'échange. Aujourd'hui, pièces de monnaie et billets de banque circulent depuis longtemps dans ce pays d'Afrique occidentale, mais, sur des marchés locaux, on peut encore acheter des manilles ; elles sont offertes aux divinités.

 

DANS L'ANTIQUITÉ, LE REPOS ÉTERNEL SE PAYAIT
L'argent entretient également de multiples relations avec la mort. En Chine, l'argent de l'enfer est une coutume qui remonte au Ve siècle. Les morts reçoivent des billets de banque dans l'au-delà au moment où leurs descendants les brûlent. Depuis les années trente, l'argent de l'enfer est représenté de manière aussi réaliste que possible. D'ailleurs, le lieu d'émission porte le nom de «banque de l'enfer». Parfois, les billets sont ornés de l'image du roi de l'enfer et de son palais.
En Allemagne, pour l'enterrement de personnalités importantes entre les XVIe et le XVIIIe siècles, on frappait des pièces spécifiques. Au droit figuraient habituellement des allégories évoquant le mort, au revers, ses armoiries. Ces monnaies étaient offertes aux hôtes importants, et d'autres étaient jetées à la foule des badauds.

 

L'ARGENT ET LES LIENS SACRÉS DU MARIAGE
L'argent joue un rôle au moins aussi important dans les cérémonies de mariage que dans les enterrements. Au Moyen Âge, les époux échangeaient des pièces recourbées ou cassées en signe de leur amour. Au XVIIIe siècle, cette coutume se transforma : désormais, les jeunes mariés se donnaient des «treizain de mariage». Les pièces étaient spécialement polies avant qu'on ne grave les initiales du couple ou le symbole de leur amour - un cœur, par exemple. De tels porte-bonheur étaient très appréciés, surtout en Amérique.

 

AUTRES TEMPS, AUTRES COUTUMES
Les dons d'argent à l'occasion d'une noce peuvent prendre différents aspects. Depuis le XVIe siècle, la bourgeoisie allemande offrait pour un mariage ce qu'on appelait les Schrauhthaler (thalers à vis). Il s'agissait de thalers coupés en deux et creusés, qui pouvaient être réunis par un filet. La partie évidée du Schraubthaler était gravée ou ornée de motifs peints, parfois même d'une série d'images, dont le thème le plus répandu était le véritable amour.

 

LINGOTS D'ARGENT ET CHAPEAUX À MONNAIE
Au XIXe siècle, en Chine, les fiancés recevaient des lingots d'argent et des dollars métalliques. En Palestine, on utilisait autrefois, à l'occasion d'une noce, le Wuqayat al-darahim (chapeau à monnaie). À l'intérieur du chapeau de la mariée, on cousait des centaines de pièces, la dot du futur beau-père.
Des dons semblables se pratiquent encore aujourd'hui. On ne peut concevoir un mariages hindou sans dot en argent pour les parents de la mariée. Au Cambodge, des dollars papier sont attachés au bras de la mariée et, dans certains pays d'Europe, ce sont les parents de la jeune femme qui prennent en charge les frais du mariage.

 

EN BREF


OFFRANDES FÊTÉES DANS L'EAU
La coutume qui consiste à jeter une offrande dans l'eau existe depuis des millénaires. Beaucoup d'objets d'époques anciennes ont été conservés parce que, voulant faire une oblation, nos ancêtres les avaient jetés dans un fleuve ou dans un marais. Avant d'interroger un oracle, le fidèle devait préalablement lancer des pièces de monnaie dans un puits ou une fontaine.
Les sanctuaires marins étaient aussi très répandus chez les Romains. Un gisement de milliers de pièces en bronze a été découvert près du mur d'Hadrien, en Angleterre.
La croyance selon laquelle on peut influencer le destin en jetant de l'argent dans l'eau survit encore avec les fontaines votives qui, jour après jour, se remplissent de pièces de monnaie ; les personnes les lançant dans la fontaine espèrent que leurs voeux seront exaucés et qu'elles reviendront un jour vers la fontaine.

(c) Éditions Atlas  (sauf billets de banque)



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