Les monuments sur les billets

Les billets sont souvent utilisés pour célébrer le patrimoine national ou l'identité culturelle d'un pays. Monuments anciens, temples et chefs-d'œuvre des techniques modernes constituent des images populaires.


Aussi surprenant que cela puisse paraître, en français comme en italien, en anglais et en allemand, les mots « monument » et « monnaie » (moneta, money et Münze) ont une racine commune : le verbe latin monere, « faire se souvenir ». En outre, en Occident, les termes qui désignent la monnaie sont tous dérivés du nom de la déesse romaine Juno Moneta (Junon, celle qui se souvient), car c'est dans son temple que se trouvait le premier atelier monétaire de Rome. Il n'est donc pas surprenant que, à partir de la fin du IIème siècle avant J.-C., ce lien ait conduit à représenter des monuments sur les pièces.

TYPES DE MONUMENTS
Lorsque le papier-monnaie se répandit en Occident comme instrument de paiement, on trouva naturel d'étendre cette pratique à cette monnaie fiduciaire. Le fait de représenter sur un billet un monument historique, par exemple, tend à commémorer son souvenir. En raison de son aire de circulation étendue et du respect qu'il commande, le papier-monnaie est un support particulièrement adapté.

MISE À PROFIT
Conscients des possibilités offertes par ce support, les concepteurs de billets ne furent pas longs à illustrer l'histoire de leur pays afin d'en magnifier sa position dans le monde. La Grèce, le Mexique ou l'Inde, qui bénéficient d'un héritage culturel très riche et également très ancien, peuvent puiser l'inspiration dans une très grande variété de monuments. Ainsi, l'Inde a choisi le grand temple de Tanjore, construit il y a plus de huit siècles par la dynastie des Cola, pour orner le billet de 1000 roupies émis entre 1950 et 1970. Une pyramide aztèque du dieu Quetzacóatl (le serpent à plumes) fut représentée sur un billet mexicain de 20 pesos. Sur ceux de la Grèce contemporaine, les monuments de l'Antiquité voisinent Egypte - p47 - 25 piastres - 1976avec les portraits des héros qui ont bâti l'État grec actuel et lutté pour l'indépendance.

ANCIEN ET MODERNE
L'Égypte moderne offre un autre exemple de la manière dont l'ancien et le moderne peuvent cohabiter. Depuis les toutes premières traces de civilisation en Égypte, il y a plus de six mille ans, le pays a été régi par le Nil et ses affluents, devenu un symbole national et figurant sur de nombreux billets. Les gouvernements qui se sont succédé à la tête de la nation ont tous cherché à contrôler le Nil. Après l'aménagement du premier barrage à Assouan, en 1902, le gouvernement fit représenter cette construction sur des billets émis seulement après la Seconde Guerre mondiale. Mais plus intéressante est la réaction des concepteurs de billets à la construction du second barrage d'Assouan - le Sadd al-Ali -, entre 1960 et 1970. Ce nouvel ouvrage forma derrière lui un vaste lac artificiel, ce qui obligea à déplacer pierre après pierre divers monuments anciens menacés par le montée des eaux. Cette entreprise de sauvetage fut très vite visible sur le dessin du billet de 1 dollar égyptien, émis en mai 1967. Pourtant, le bâtiment choisi pour représenter cette intense activité ne fut pas le barrage-réservoir mais le temple d'Abou-Simbel, l'un des sanctuaires sauvés des eaux du lac Nasser. Après l'innovation technologique, le patrimoine était devenu le maître mot.

Cap - Vert - p68 - 200 Escudos - 20.01.2005TECHNIQUES MODERNES
On trouve des barrages sur les billets du monde entier. On peut en voir un sur la coupure indienne de 100 roupies des années cinquante, un autre sur celle de 5000 dôngs émise par la Banque nationale du Viêtnam en 1991. Le premier billet australien de 10 shillings était orné d'une image du barrage de Goulburn, tandis que le billet de 100 dollars du Zimbabwe montrait le barrage du Kariba et son lac de retenue. Mais, ici, il ne s'agit pas seulement de montrer des installations imposantes. Sur certaines de ces illustrations, le barrage est représenté à côté d'une usine hydroélectrique symbolisant l'influence modernisatrice de l'électricité. Autant de dessins qui consacrent la place du pays dans le monde moderne. D'autres bâtiments sont également représentés.

INSTITUTIONS
De nouveaux ponts apparaissent, par exemple, sur les billets de Tunisie et de Turquie. Ailleurs, ce sont des aéroports, parfois même des docks, qui ont trouvé place en tant que monuments érigés au progrès. Dans nombre de démocraties occidentales et d'ailleurs, les dessins des billets sont souvent moins chargés politiquement pour ce qui est du choix du monument, au sens large. Il est parfois jugé plus prudent de représenter des édifices d'institutions non politiques. Les bâtiments de la banque émettrice ont souvent la faveur des concepteurs. Il en va ainsi dans tous les pays, du Liberia à l'Espagne, de l'Équateur au Ghana et du Brésil au Burundi.

LE DOLLAR AMÉRICAIN
Diverses nations affectionnent les sièges de leurs institutions gouvernementales. La Chambre des députés est représentée, par exemple, sur des billets de Malaisie, du Nicaragua et de la Jamaïque. Sur les billets des États-Unis figurent une série de monuments formant un ensemble cohérent. La coupure de 5 dollars est ornée du monument dédié à Abraham Lincoln, à Washington. Celle de 20 dollars porte une image de la Maison Blanche, celle de 50 dollars, le Capitole. Le billet de 100 dollars montre la façade de l'Independence Hall (Pennsylvanie), où fut signée la déclaration d'Indépendance, en 1776. Ces billets glorifient les grandes institutions et les idéaux des États-Unis : indépendance, démocratie et union.
  

EN BREF


LA PYRAMIDE INACHEVÉE ET L'ŒIL DE DIEU
Le revers du billet américain de 1 dollar est orné d'un monument étrange. Bien qu'apparue sur la monnaie américaine en 1935, cette image est beaucoup plus ancienne : il s'agit en effet d'une gravure du revers du grand sceau des États-Unis. Conçu par William Barton, le grand sceau fut adopté par le Congrès en 1782. Le dessin central représente une pyramide incomplète. À sa base est inscrite une date en chiffres romains : MDCCLXXVI (1776), date de la déclaration d'Indépendance. Juste au-dessus, là où devrait se trouver le sommet de la pyramide, se trouve un œil à l'intérieur d'un triangle lumineux. En haut et en bas figurent deux inscriptions, toutes deux extraites de L'Énéide, de Virgile. Au-dessus de l'œil, on peut lire Annuit Coeptis (Dieu a approuvé ce que nous avons entrepris), en dessous, Novus Ordo Seclorum (Une nouvelle succession de siècles). Cet emblème peut être interprété comme étant l'œil du Grand Architecte (Dieu), veillant sur la construction des États-Unis. On trouve aussi des pyramides sur les monnaies de la Révolution française et sur des jetons maçonniques.

 

(c) Éditions Atlas  (sauf billets de banque)

 



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